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Les garçons de la bande : un classique du cinéma gay extraordinaire !

23 Fév

les garcons de la bande jaquette
Injustement méconnu, ce film de William Friedkin (Cruising, L’Exorciste…), tourné en 1970, met en scène un groupe d’amis homosexuels, dans le New-York des seventies. Il est adapté d’un succès théâtral de Broadway de l’auteur Mart Crowley.

Le pitch est banal et pourtant, il fait naître une tension dramatique souvent tragique et cruelle. Quelques amis homos se réunissent pour fêter l’anniversaire d’Harold, une folle excentrique hautaine. Mais survient un garçon qui n’a pas été invité. Un ancien camarade d’école de Michael, l’hôte de la fête, dont on va comprendre que, s’il est marié aujourd’hui, il a vécu une aventure avec un garçon durant sa jeunesse. Très rapidement, l’ambiance devient pesante et électrique : un orage éclate sur Manhattan… les langues se délient. Toutes les rancoeurs accumulées s’expriment violemment et les secrets se dévoilent… lors d’un jeu de la vérité orgasmique !

Les personnages pourraient nous sembler, à travers le prisme des années 2000 très caricaturaux, mais, bien au contraire, ils témoignent du chemin parcouru. Futiles, superficiels, obsédés par leur apparence et par un certain snobisme très camp, tous ces garçons luttent chacun à sa façon et avec ses propres armes pour exister et pour s’aimer soit-mêmes, ce qui est loin d’être acquis ! De la psychologie de comptoir ? Non un «document» sociologique convainquant !

Les acteurs, ceux-là même qui jouaient sur les planches de Broadway, sont excellents et la mise en scène parvient à transformer ce huis-clos étouffant en une comédie de mœurs passionnante.

En pratique :

Les garçons de la bande

Un film de William Friedkin de 1970

Carlotta

En bonus, un docu sur la pièce, ainsi qu’un reportage sur le film à sa sortie et les réactions qu’il a entrainé !

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Le cinéaste qui aimait les hommes

22 Jan

52d9e013c5a6dc2af3c8e96805994d3c_MPas assez reconnu par le grand public et par encore trop de gays, Philippe Vallois a pourtant à son actif des films « cultes », tels que Johan et Nous étions un seul homme. Au-delà de ce palmarès cinématographique fort respectable, et de la fierté d’avoir porté à l’écran un des tout premiers films traitant ouvertement de l’homosexualité, c’est un homme passionné, enthousiaste, sincère et lucide que nous découvrons dans cette autobiographie riche en anecdotes et en évènements marquants.

L’opportunité était trop belle de rencontrer Philippe Vallois pour connaître la genèse de ce beau projet. Je ne me suis pas fait prier !

Bonjour njour Philippe, comment est né ce projet de livre-DVD ?

Lors de la projection de mes films à Lyon (Johan, Un parfum nommé Saïd, et Nous étions un seul homme), Ivan Mitifiot, de l’association Ecran Mixte m’a demandé d’écrire ces mémoires sur mes années 60, 70 et 80. Les éditions ErosOnyx qui appréciaient mon travail ont été partantes pour l’éditer.

S’agit-il de l’auto-biographie d’un cinéaste ou d’un homme qui aime les hommes ?

Question difficile. Encore enfant, avant d’avoir l’âge d’aimer les hommes, je souhaitais devenir réalisateur de cinéma. J’ai même commencé à faire des films en ‘mateur quand je me croyais encore hétéro… Le thème de l’homosexualité avait été peu abordé dans le cinéma, ou alors avec énormément de clichés et j’ai voulu rétablir la vérité, en tout cas celle qui me concernait. Donc pour répondre à ta question, ce livre est tout d’abord la biographie d’un artiste, mon art est le Cinéma, et mes sources d’inspiration sont principalement mes expériences amoureuses. Ma particularité est d’aimer les hommes et d’avoir osé le dire à l’écran, sans me cacher derrière un pseudonyme, ce qui était très courageux quand j’ai commencé dans les années 70.

Tu racontes avec sincérité ton parcours cinématographique pavé de beaucoup de flops, de difficultés, et ta détermination à toujours rebondir sur de nouveaux projets… est-cela la passion ?

C’est un métier très difficile. Même les grands cinéastes classiques ont connu de sacrés revers professionnels. Que ce soit Marcel Carné, Jacques Tati, ou Jacques Demy dont je parle dans mon livre car il s’était confié à moi. Mais quand on est passionné par son art, quoi qu’il advienne, on ne peut que tout faire pour rebondir. C’est vital. La nécessité de créer passe avant tout désir de succès. La passion, qu’elle soit amoureuse ou professionnelle nous permet de nous surpasser.

La rédaction de cette biographie, a sans doute été le moment idéal pour faire le bilan sur ton itinéraire de cinéaste, quel est-il ?

Au départ, je l’avoue, je ne me voyais pas du tout en tant que cinéaste gay. Mes modèles à l’époque étaient des cinéastes hétéros (Godard, Truffaut, Chabrol) qui aimaient non seulement les femmes mais qui dirigeaient leurs propres épouses ou petites amies dans leurs films. Il y avait certes des homos parmi les cinéastes français, mais ils étaient loin de mettre en avant leur orientation sexuelle. Je suis au départ quelqu’un d’assez pudique, mais c’est mon art qui m’a poussé à oser dire la vérité. C’était une nécessité qui me dépassait. Plusieurs de mes amis me déconseillaient de le faire mais je ne les écoutais pas. Je voulais prouver au monde qu’un homosexuel n’était pas nécessairement une folle ou quelqu’un de complexé et mal dans sa peau. Certes, avec ce choix, je me suis mis à dos des gens qui auraient pu apprécier mon travail et investir dans mes projets. Pas spécialement des homophobes, mais des gens qui avaient peur d’associer leur nom à quelqu’un qui se revendiquait homosexuel à cent pour cent.

De quels films es-tu le plus fier ? Quels sont ceux qui t’ont apporté le plus de satisfaction ?

Je suis fier de tous mes films. C’est un peu comme mes enfants, je les aime tous autant au moment de les faire. Après, il y a ce que les critiques ou les spectateurs en font. Nous étions un seul homme est le film qui m’a permis de voyager en Amérique et en Europe. Pour ce qui est de Johan, j’ai eu la chance qu’il passe dans une des sections de Cannes et qu’il soit diffusé sur Arte 30 ans après sa sortie. Un parfum nommé Saïd n’est pas sorti en salle mais a été très bien vendu en DVD. L’Énigme des Sables, grâce à son passage sur une chaîne nationale à une heure de grande écoute, m’a permis d’acheter une maison en Normandie.

Même en cas d’échec, tous mes films m’ont beaucoup apporté. Quand je tourne, que ce soit avec une équipe ou en solitaire, je suis le plus heureux des hommes et j’ai l’impression de vivre une aventure très forte.

Pourrais-tu définir un dénominateur commun dans tous tes films. Qu’est-ce qui fait le lien entre eux ? Par exemple, entre Les Phalènes et Haltéroflic, qu’est ce qui est TON cinéma ?

Je pense que le dénominateur commun est une recherche de sincérité. Oser dire les choses même si elles peuvent déranger. Je souhaite bien sûr distraire, amuser, émouvoir les spectateurs mais je ne veux pas tricher et j’aime bien me mettre en danger comme je l’ai fait avec Sexus Dei dont le DVD accompagne le livre La passion selon Vallois.

Ce qui est commun à tous mes films, c’est que souvent le manque de moyens me permet de me surpasser avec mon imagination. Je peux ainsi surprendre et toucher par l’originalité.

Un bon film doit être un petit parcours initiatique dont on ressort un peu différent après la projection.

J’ai rencontré un jour une voisine dans mon immeuble qui m’a demandé « Vous êtes le Philippe Vallois qui a réalisé Nous étions un seul homme ? » J’ai répondu que oui. Elle m’a dit que ce film avait eu une grande importance dans sa vie. Elle était allée le voir avec son fiancé un mois avant leur mariage. Le fiancé n’avait pas aimé le film et elle avait décidé aussitôt d’annuler le projet de mariage. A mes yeux, c’était un sacré compliment.

Quels sont aujourd’hui tes projets ?

Les producteurs, les télés, les commissions d’aides du CNC ne se battent pas pour financer mes films, j’essaie de produire à moindre frais une oeuvre qui, par ses qualités, son originalité aura un jour ou l’autre une diffusion sur un support quelconque. Je viens de terminer Le Voyage de l’Hippocampe dans lequel je joue avec mon ami Christophe Tuaillon. Nous continuons notre association avec un nouveau film Zeus le chat dont on commence tout juste le tournage.

La passion selon Vallois

Philippe Vallois

Editions Eros Nonyx

35 euros

DVD I : Les Phalènes (1975) – édition spéciale Philippe Vallois et ErosOnyx Éditions – format 4/3 compatible 16/9 – Boni : Paris by night 1977 de Philippe Vallois (26 minutes) + 40 ans de ma vie : montage de photos pour La passion selon Vallois. DVD II : Sexus Dei (2006) – Bonus : Tabous et transgressions dans mes films (35

James Franco joue un Ginsberg tres convainquant !

13 Jan

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En 1955, Allen Ginsberg écrit Howl, un long poème en prose, qui va faire scandale dès sa sortie, entraînant un procès retentissant… Ce film éblouissant de Rob Epstein et Jeffrey Friedman s’ancre dans l’imaginaire du poème tout en s’intéressant au procès.

La beat generation occupe beaucoup nos écrans en ce moment : depuis On the road, le récit initiatique de Jack Kérouac qui a fait l’objet d’un film fleuve réalisé par Walter Salles, édité depuis en DVD chez MK2, jusqu’à ce Howl, véritable ovni artistique, qui, à l’image du poème éponyme et de son auteur, s’extrait de toutes les conventions et de tous les cadres !

James Franco y campe avec sincérité le poète américain, en marge de la société de l’après-guerre.

Le film montre une reconstitution fidèle du procès, intenté par les autorités conservatrices à l’éditeur du poème, en 1957. Y sont mêlés habilement une interview du poète, interprété par le sublime Franco, totalement habité par son personnage et la déclamation par l’acteur du long poème, dans un bar enfumé de San Francisco, devant un public conquis !

Et puis il y a ces images d’animation, créées par Eric Drooker, qui fut un proche collaborateur de Ginsberg, qui illustre audacieusement le lyrisme des mots.

La bande-son très jazzy nous replonge dans l’époque !

Mettre en images un tel poème et retracer le portrait d’une personnalité aussi complexe exigeaient des partis-pris esthétiques et narratifs particulièrement risqués… l’alchimie fonctionne parfaitement !

En pratique :

Howl

Un film de Rob Epstein et Jeffrey Friedmann

Avec James Franco, Jon Prescott…

Produit par Gus Van Sant

DVD Condor Entertainement SA

Yossi, 10 ans après

13 Jan

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10 ans après la mort de son amant, Yossi vit seul, entre son travail de chirurgien cardiaque où il est respecté, le souvenir de son grand amour et une sexualité avec laquelle il n’est pas à l’aise. Une rencontre va lui permettre de faire enfin le deuil…

Eytan Fox est un réalisateur engagé qui a livré le splendide Tu marcheras sur l’eau et plus récemment The Bubble, où il traite de sujets lourds et profonds avec maestria. Pourquoi donc ce réalisateur ô combien respectable se décide aujourd’hui à donner une suite à un de ses premiers films Yossi et Jagger, où il racontait la liaison improbable et magnifique de deux beaux officiers israéliens, dans un environnement hostile ? On se pose la question car le résultat brille par la pauvreté, voire l’indigence du scénario. 10 ans après la mort de son amant donc, Yossi est empatté, mal dans sa peau… il se refuse à faire le deuil de son grand amour tragique et à affronter la réalité. Mais la rencontre hasardeuse d’un jeune soldat ouvertement gay va lui permettre de reprendre confiance en lui et de repartir à zéro ! Le sujet est un peu léger et si certains passages révèlent une acuité dans l’étude de la personnalité et des traumatismes de Yossi et son enfermement volontaire dans un passé mortifère, on reste sur sa fin face à cette romance à deux euros… qui n’a peut-être d’intérêt que par la participation de Keren Ann dans son propre rôle !

En pratique :

Yossi

De Eytan Fox

Avec Ohad Knoller, Lior Askhenazi…

Musique Keren Ann

Distribué par Bodega Films

Sortie en France le 2 janvier 2013

On choisit sa prison ?

18 Nov

Paulo, un jeune pianiste, rencontre Ilir, un bassiste d’origine albanaise. Aussitôt, c’est le coup de foudre et Paulo quitte sa fiancée pour s’installer chez Ilir. Mais après s’être promis fidélité, Ilir quitte la ville et est emprisonné pour trafic de drogue

Ce film belge est une pure réussite, un petit bijou à découvrir ! Il est porté par deux excellents acteurs, dont Guillaume Gouix de plus en plus présent au cinéma. Ces deux là ont d’ailleurs reçu le prix d’interprétation au Festival Chéries-Chéris 2012 de Paris, amplement mérité. Le scénario est sombre, c’est vrai, et laisse leurs places aux rebondissements multiples et à une dramatisation de tous les instants. Seul le personnage de la compagne de Paulo est un peu raté, reconnaissons-le. En tout cas, elle n’attire pas la sympathie. Nos deux héros sont des garçons dont les failles sont mise en avant, sans qu’elles desservent vraiment l’empathie qui se créé rapidement. Car c’est vrai, la singularité du scénario est accentué par ces deux personnages attachants,, totalement en dehors des stéréotypes, qui distillent, chacun à sa façon, un charme et une intensité incroyable. Les yeux bleux et l’attitude « bourrue » de Guillaume Gouix, la fragilité et la fausse innocence de Matila Malliarakis, sont craquants. Dans un Bruxelles cosmopolite et métissé qui donne un caractère résolument contemporain à cette fiction, on retrouve parfois des ambiances proches du Garçon blessé de Patrice Chéreau ce qui n’est pas une mince référence !
Bravo à ce premier long-métrage qui a été sélectionné à la semaine de la critique cannoise 2012.

Hors les Murs
De David Lambert
Avec Guillaume Gouix et Matila Malliarakis
Distribution France : Epicentre Films

Distribution Belgique et Luxembourg : Tarantula

Sortie France et Luxembourg : le 5 décembre

Sortie Belgique : le 23 janvier

90 jours…une éternité ?

13 Nov

Après deux mois d’une défonce suicidaire au crack et à l’alcool, Bill Clegg, trentenaire New-yorkais, toxico jusqu-au-boutiste suit une cure de désintoxication, puis revient à Manhattan, où livré à lui-même, il est confronté aux multiples dangers de la rechute !

On a pu croiser le chemin de Bill Clegg deux fois ces derniers temps. En lisant le premier volet autobiographique de Bill, Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme, paru en 2011 chez le même éditeur, puis cet été dans le film Keep the lights on, ou Ira Sacks, le réalisateur, raconte sa relation destructrice avec un beau toxico, Bill Clegg himself !

Dans ce deuxième volet de son autobiographie, Bill rentre d’une cure de désintoxication, et trouve en même tant que la liberté d’action, tous les dangers que son ancienne vie peuvent lui réserver. Il s’astreint à participer aux réunions d’anciens toxicos et alcooliques qui partagent tous le même objectif : 90 jours sans drogue ni alcool ! Il rencontrera des garçons et des filles, paumés, et unira son parcours de guérison aux leurs. De rechute en victoire, c’est un itinéraire semé de danger que Bill Clegg dépeint avec une humanité magnifique en dressant les portraits d’hommes et de femmes formidables, avec leur faiblesse et leur ténacité parfois surhumaine. Une rédemption sans pathos inutile où l’on vit une grande empathie pour l’auteur !

90 jours

Bill Clegg

Editions Jacqueline Chambon

186 pages

19,80 euros

L’école de la vie et de l’amour…

14 Oct

L’école de la vie et de l’amour…
Après avoir dévoré Brèves saisons au Paradis, le deuxième volet autobiographique de Claude Arnaud, paru récemment chez Grasset, vous aurez certainement la curiosité de lire le début de son parcours initiatique. Ca tombe très bien, car « Qu’as-tu fait de tes frères » vient de sortir en Livre de Poche !
Claude Arnaud nait dans une famille banale, où il sera élevé de façon très stricte. Deux frères, figures tutélaires pour le jeune « apprenti », sont ses modèles, qui se révèleront chacun dans leur genre, de fortes personnalités aux chemins chaotiques. Nous sommes au début des années 70, en France. Mai 68 et son cortège de contestation et d’engagements politiques vont déferler sur tout ce que Paris compte d’étudiants et de lycéens. Claude Arnaud se découvre une conscience politique en même temps qu’une haine de l’autorité parentale, et intègre les mouvances politiques révolutionnaires de l’époque ; il participera d’ailleurs au premier mouvement identitaire, le Front Révolutionnaire de Libération Homosexuelle. Mais au-delà des idées et des combats, ce sont des individus dont il dresse un portrait enchanteur qui l’aimantent.
Quand la grande Histoire est étroitement liée au parcours formateur d’un jeune-homme curieux et ouvert à toutes les expériences…. cela donne un ouvrage d’une rare beauté, teinté bien-sur de ce qu’il faut de nostalgie mais aussi du poids de la mémoire !
Qu’as tu fait de tes frères
Claude Arnaud
Livre de Poche
379 p
7,10 euros